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Baleine du Groenland Balaena mysticetus

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La baleine du Groenland ou baleine franche boréale est extrêmement bien adaptée à un cycle de vie qui se déroule entièrement dans les eaux glacées ou quasi glacées de la région arctique et subarctique. Vivant dans les eaux du nord de l’Atlantique et du Pacifique, l’espèce a développé une peau et une couche de graisse épaisses pour l’isoler du froid et lui fournir des réserves énergétiques, une tête énorme, forte et courbée pour briser la glace jusqu’à 1 m d’épaisseur, et une capacité à rester sous l’eau pendant plus d’une heure d’affilée pour nager sous la glace1,2. Bien qu’elle ne soit pas la plus grande espèce parmi les baleines, elle est l’une des plus lourdes et certainement celle qui vit le plus longtemps. Des éléments semblent indiquer que les individus pourraient vivre jusqu’à 150, et peut-être même 200 ans2-4 !

Peu d’activités de tourisme d’observation ciblent cette baleine en raison de l’éloignement de son habitat. Cependant, comme il s’agit d’une espèce essentiellement côtière et présente dans des eaux peu profondes, on peut l’observer depuis le rivage dans certaines parties de son aire de répartition. C’est le cas pour l’un des plus anciens projets de recherche sur cette espèce qui réalise le comptage des baleines de passage à partir d’un site d’observation situé sur une crête de pression au bord de la banquise côtière dans le nord de l’Alaska, un lieu inaccessible au tourisme d’observation5,6. La baleine du Groenland est également l’une des rares espèces de baleines à faire encore l’objet d’une chasse aborigène de subsistance, actuellement gérée par la Commission baleinière internationale. 

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Risques de confusion

Dans l’Atlantique, la baleine du Groenland pourrait, à première vue, être confondue avec la baleine franche qui a également un dos noir et lisse sans aileron dorsal. Cependant, les têtes des deux espèces sont très différentes, la baleine du Groenland n’ayant pas les callosités blanches caractéristiques que l’on trouve sur le dessus de la tête de la baleine franche. Le « menton » de la baleine du Groenland est blanc, tandis que celui de la baleine franche est foncé. Dans le Pacifique, les aires de répartition de la baleine du Groenland et de la baleine grise se chevauchent dans les mers de Bering-Chukchi-Beaufort, mais les baleines grises sont généralement beaucoup plus minces et de couleur plus claire, et leur crête dorsale présente des « articulations » prononcées.

Répartition

Il existe actuellement quatre populations reproductrices de baleines du Groenland : 1) une petite population génétiquement distincte limitée à la mer d’Okhotsk ; 2) la population des mers de Béring-Chukchi-Beaufort (BCB) ; 3) la population de l’est du Canada et de l’ouest du Groenland ; et 4) la population du Spitzberg2. Dans l’ensemble de son aire de répartition, l’espèce est généralement présente dans des eaux d’une profondeur inférieure à 200 m, et souvent près des côtes ou de la banquise2,7.

Les baleines du Groenland ne migrent pas aussi loin que de nombreuses autres baleines à fanons. Elles migrent entre les zones d’hivernage, où ont lieu l’accouplement et la mise bas, et les zones d’alimentation estivales, soit une distance d’environ 1500 km pour les individus de la région BCB. Les déplacements saisonniers printaniers se font typiquement vers le nord à travers la glace et le long de la bordure de la banquise vers des latitudes plus élevées en été, avec un retour vers les zones plus méridionales de l’aire de répartition en hiver8,9.

Présence dans les pays suivants : Canada ; Danemark (Groenland) ; États-Unis d’Amérique (Alaska) ; Fédération de Russie ; Islande ; Norvège.

Présence accidentelle : France ; Irlande ; Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord.

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Biologie et écologie

Régime alimentaire

Les baleines du Groenland se nourrissent principalement de copépodes, de krill et d’autres types de zooplancton, bien que des éléments montrent qu’elles peuvent également se nourrir de poissons et de crustacés benthiques2,7,10,11. Elles s’alimentent souvent à la surface de l’eau, en utilisant leurs très longs fanons (jusqu’à 5-6 m) pour filtrer leurs proies, même dans des agrégations de zooplancton moins denses. Cependant, elles peuvent également se nourrir au milieu de la colonne d’eau, voire près des fonds marins7,10.

Structure sociale, reproduction et croissance

Les baleines du Groenland se rencontrent normalement en groupes de trois individus ou moins, mais peuvent se rassembler en plus grand nombre là où la nourriture est abondante et/ou pendant la migration1. On suppose que l’accouplement a lieu en mars et que les jeunes naissent en avril ou mai de l’année suivante, après une gestation de 13 à 14 mois2,5. Les femelles ne commencent à se reproduire qu’à l’âge de 25 ans environ12, et ne donnent naissance qu’à un seul baleineau tous les 3 à 7 ans13. Les jeunes pèsent environ 1000 kg à la naissance et doivent grandir et acquérir le plus rapidement possible de la graisse isolante. En effet, les adultes ont une couche de graisse pouvant atteindre 50 cm d’épaisseur. Ainsi, les baleineaux grandissent plus rapidement au cours de leur première année qu’à aucun autre moment de leur existence8,9. Ils sont sevrés entre 6 et 12 mois2,9.

La baleine du Groenland, comme de nombreuses baleines à fanons, utilise également le son pour communiquer sous l’eau2,14. Cela rend l’espèce vulnérable aux perturbations de ses comportements d’alimentation et de communication lorsque des bruits forts sont générés par des prospections sismiques ou d’autres activités maritimes et/ou industrielles dans son habitat15.

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Recherche, menaces et conservation

Les baleines du Groenland portent parfois les cicatrices typiques des attaques d’orques, qui sont les seuls prédateurs naturels connus de cette espèce de baleine robuste2. Les menaces d’origine humaine pesant sur ces animaux comprennent l’enchevêtrement dans les engins de pêche16-18, et de plus en plus, les collisions avec les navires ainsi que les perturbations causées par les bruits en milieu marin liés à l’expansion de la navigation, de la pêche et de l’exploration pétrolière et gazière dans l’Arctique à mesure que la couverture de glace recule19-21. Bien que les baleines du Groenland puissent bénéficier temporairement de l’extension de leur habitat d’alimentation associée au réchauffement climatique et à la fonte des glaces, on ne sait pas comment ce changement radical de l’habitat affectera les populations à long terme22,23. L’une des conséquences pourrait être le contact et le mélange des populations de l’Atlantique et du Pacifique alors qu’elles sont séparées depuis des générations, puisque ces dernières années ces deux régions ont été connectées avec l’ouverture du passage du Nord-Ouest24.

État de conservation

Les baleines du Groenland ont été chassées pendant des siècles, d’abord par les groupes autochtones de l’Arctique, puis à des fins commerciales pour leur huile et leurs fanons9,25. La chasse commerciale a décimé les populations de baleine du Groenland, puis a été interdite par les conventions internationales dans les années 1930. Depuis lors, la sous-population des mers de Béring-Chukchi-Beaufort n’a cessé d’augmenter à un rythme d’environ 3 % par an6. On estime aujourd’hui que cette population compte environ 16 000 individus (voir le site Web de la CBI pour des estimations de la population actualisées). L’espèce est classée au niveau mondial dans la catégorie Préoccupation mineure sur la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN25. Les trois autres populations sont toutefois moins abondantes ; la sous-population de l’est du Groenland et de la mer de Barents étant considérée comme En danger26 et la sous-population de la mer d’Okhotsk En danger critique d’extinction27. L’espèce est inscrite à l’Annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) et de la Convention sur les espèces migratrices (CMS).

Les baleines du Groenland font l’objet de chasses de subsistance aborigènes aux États-Unis, en Russie, au Groenland ainsi qu’au Canada. Les chasses pratiquées aux États-Unis, en Russie et au Groenland sont réglementées par la Commission baleinière internationale (voir ce tableau de la CBI pour les chiffres de prélèvements annuels). Les chasses au Canada sont réglementées par le gouvernement fédéral en collaboration avec les groupes autochtones (le Canada s’étant retiré de la CBI en 1981).

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Baleines du Groenland et tourisme d’observation

Il est possible d’observer les baleines du Groenland au cours d’excursions à la journée à partir de quelques endroits du Canada (par exemple l’île de Baffin). Toutefois, il s’agit d’une « espèce timide », et elle n’est pas souvent présentée comme la cible des activités d’observation des baleines. L’espèce est également présente au Groenland (Danemark) (en particulier dans la baie de Disko), et en Norvège (Svalbard), ainsi qu’au nord et nord-ouest de l’Alaska (États-Unis). Cependant, comme l’espèce est souvent associée à la lisière des glaces, il est peut-être plus probable de l’observer lors d’excursions en mer sur la faune arctique que lors d’excursions d’une journée à partir de ces endroits.

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Références

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  1. Jefferson, T. A., Webber, M. A. & Pitman, R. L. Marine Mammals of the World: a Comprehensive Guide to their Identification. Second Edition.  (San Diego: Academic Press, 2015).
  2. George, J. C., Rough, D. & Suydam, R. in Encyclopedia of Marine Mammals Vol. Third Edition  (eds B Würsig, J.G.M. Thewissen, & K.M. Kovacs)  133-135 (Academic Press, Elsevier, 2018 ).
  3. George, J. C. & Bockstoce, J. R. Two historical weapon fragments as an aid to estimating the longevity and movements of bowhead whales. Polar Biology 31, 751-754, doi:10.1007/s00300-008-0407-2 (2008).
  4. Rosa, C. et al. Age estimates based on aspartic acid racemization for bowhead whales (Balaena mysticetus) harvested in 1998–2000 and the relationship between racemization rate and body temperature. Marine Mammal Science 29, 424-445, doi:10.1111/j.1748-7692.2012.00593.x (2013).
  5. Barrow, Alaska. Marine Mammal Science 20, 755-773 (2004).
  6. Givens, G. et al. Estimate of 2011 abundance of the Bering-Chukchi-Beaufort Seas bowhead whale population. document presented to the Scientific Committee of the International Whaling Commission SC/65a/BRG01, 30 (2013).
  7. Fortune, S. M. E. et al. Seasonal diving and foraging behaviour of Eastern Canada-West Greenland bowhead whales. Marine Ecology Progress Series 643, 197-217 (2020).
  8. Schell, D. M., Saupe, S. M. & Haubenstock, N. Bowhead whale (Balaena mysticetus) growth and feeding as estimated by δ13C techniques. Marine Biology 103, 433-443, doi:10.1007/BF00399575 (1989).
  9. Finley, K. P. Natural History and Conservation of the Greenland Whale, or Bowhead, in the Northwest Atlantic. Arctic 54, 55-76 (2001).
  10. Lowry, L., Sheffield, G. & George, J. Bowhead whale feeding in the Alaskan Beaufort Sea based on stomach contents analyses. Journal of Cetacean Research and Management 6, 215-233 (2004).
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  12. George, J. C. et al. Age and growth estimates of bowhead whales (Balaena mysticetus) via aspartic acid racemization. Canadian Journal of Zoology 77, 571-580, doi:10.1139/z99-015 (1999).
  13. Rugh, D. J., Miller, G. W., Withrow, D. E. & Koski, W. R. Calving Intervals of Bowhead Whales Established Through Photographic Identifications. Journal of Mammalogy 73, 487-490, doi:10.2307/1382014 (1992).
  14. Clark, C. W. et al. Passive Acoustic Locations and Offshore Distribution of Bowhead Whales (Balaena mysticetus) during the spring of 2001 Census off Pt. Barrow, Alaska. 1-8 (2002).
  15. Blackwell, S. B. et al. Effects of Airgun Sounds on Bowhead Whale Calling Rates: Evidence for Two Behavioral Thresholds. PLoS ONE 10, e0125720, doi:10.1371/journal.pone.0125720 (2015).
  16. Clapham, P. J., Young, S. B. & Brownell Jr, R. L. Baleen whales: conservation issues and the status of the most endangered populations Mammal Review 29 35-60 (1999).
  17. Rolland, R. M., Graham, K. M., Stimmelmayr, R., Suydam, R. S. & George, J. C. Chronic stress from fishing gear entanglement is recorded in baleen from a bowhead whale (Balaena mysticetus). Marine Mammal Science 0, doi:10.1111/mms.12596 (2019).
  18. Thomas, P. O., Reeves, R. R. & Brownell, R. L. Status of the world's baleen whales. Marine Mammal Science, doi:10.1111/mms.12281 (2015).
  19. Moore, S. E., Haug, T., Víkingsson, G. A. & Stenson, G. B. Baleen whale ecology in arctic and subarctic seas in an era of rapid habitat alteration. Progress in Oceanography 176, 102118, doi:https://doi.org/10.1016/j.poce... (2019).
  20. Reeves, R. R. et al. Distribution of endemic cetaceans in relation to hydrocarbon development and commercial shipping in a warming Arctic. Marine Policy 44, 375-389 (2014).
  21. Reeves, R., Rosa, C., George, J. C., Sheffield, G. & Moore, M. Implications of Arctic industrial growth and strategies to mitigate future vessel and fishing gear impacts on bowhead whales. Marine Policy 36, 454-462, doi:http://dx.doi.org/10.1016/j.ma... (2012).
  22. Moore, S. E. & Huntington, H. P. Arctic marine mammals and climate change: impacts and resilience. Ecological Applications 18, S157-S165 (2008).
  23. George, J. C., Druckenmiller, M. L., Laidre, K. L., Suydam, R. & Person, B. Bowhead whale body condition and links to summer sea ice and upwelling in the Beaufort Sea. Progress in Oceanography 136, 250-262, doi:https://doi.org/10.1016/j.poce... (2015).
  24. Heide-Jørgensen, M. P., Laidre, K. L., Quakenbush, L. T. & Citta, J. J. The Northwest Passage opens for bowhead whales. Biology Letters 8, 270-273, doi:10.1098/rsbl.2011.0731 (2012).
  25. Cooke, J. & Reeves, R. Balaena mysticetus IUCN Red List of Threatened Species https://dx.doi.org/10.2305/IUC... (2018).
  26. 2Cooke, J. & Reeves, R. Balaena mysticetus (East Greenland-Svalbard-Barents Sea subpopulation). IUCN Red List of Threatened Species http://dx.doi.org/10.2305/IUCN... (2018).
  27. Cooke, J., Brownell Jr, R. L. & Shpak, O. Balaena mysticetus (Okhotsk Sea subpopulation). IUCN Red List of Threatened Species https://www.iucnredlist.org/sp... (2018).

 

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